Jean-Pierre Raynaud .Drapeau

09.12 jusqu'à 28.01.2001

Son œuvre attire l’attention sur des motifs de panneaux de signalisation, de pots de fleurs, de carreaux et de mètres et combine ceux-ci. Son attitude à l’égard de la vie quotidienne est liée au Pop Art. Par la formalisation de ce qui est « normal », il touche également des sensibilités sociales. Raynaud nomme ses assimilations d’objets existants des « Psycho objects », une combinaison d’objets peints en blanc et en rouge, comme des panneaux de signalisation, des extincteurs d’incendie, des pots de fleurs, des jouets et des échelles. Raynaud joue avec l’aspect banal des pots de fleurs en les présentant comme des sculptures monumentales, en les agrandissant, en les entassant pour en faire un pilier ou en les disposant par exemple par centaines en rangées (300 pots, dans la collection du S.M.A.K.). Dans les années 70 et 80 il a souvent utilisé les carreaux de céramique blanche, avec lesquels il revêt des peintures et couvre des murs ou des socles. Dans sa propre maison il change continuellement des pièces pourvues de carreaux, comme s’il recherchait la perfection. En 1993 il décide d’abattre cette maison, après quoi il présente les morceaux en tant que « fragments archéologiques ».Dans les années 90 il joint à l’objet pur de la documentation s’y rapportant sortie des médias. Des boîtes de bandes d’avertissement par exemple sont jointes à un agrandissement en noir et blanc d’une explosion. Des tonnes de matières toxiques sont présentées dans le musée comme étant cliniquement propres. En 1998 il s’intéresse au thème du drapeau national. Il tend les toiles de divers formats comme une peinture sur un cadre. Raynaud s’approprie les drapeaux, dans ses mains ils acquièrent le caractère d’un objet. Nous faisons la connaissance des drapeaux tels qu’ils n’apparaissent que rarement dans la réalité : tendus, sans contexte politique ou autre. Le drapeau français a été exposé pour la première fois à l’occasion de sa rétrospective dans le Jeu de Paume à Paris. Ensuite il a travaillé, dans une multitude de formats et de découpes, autour de certains drapeaux qui présentent une charge, comme ceux de la Lybie, du Japon ou de Cuba. Ensuite il fait un choix parmi les drapeaux nationaux sur base de critères objectifs.

Pour l’exposition au S.M.A.K. il a rassemblé tous les drapeaux avec trois bandes verticales, la Belgique, la France, l’Italie, la Roumanie, le Tchad, le Mali, le Guatemala, le Pérou, la Guinée, l’Irlande, le Nigeria et la Côte d’Ivoire. Pourtant Raynaud ne donne jamais le nom du pays à ses oeuvres, elles sont réduites à une composition abstraite de couleurs, apparentées à Hard Edge ou au Colour Field Painting. Au moyen du projet « drapeau », Raynaud veut mettre à nu ce qui est sériel, et rendre leur liberté aux couleurs, elles deviennent uniquement des compositions autonomes de couleur. Il offre aux chefs d’Etat un drapeau Raynaud bien tendu. Ainsi le drapeau cubain a-t-il été remis à Fidel Castro lors d’une cérémonie, et ce projet a été couronné à la Biennale de La Havane (hiver 2000). Outre les 12 toiles, le S.M.A.K. présente aussi Sens Interdit de 1962, une des premières oeuvres de Raynaud. Combiné aux drapeaux, ce signe d’interdiction crée une nouvelle charge politique. Dans la marge de cette exposition, une partie de la collection de revues de Raynaud est révélée avec des images de drapeaux « en pleine action », dans des manifestations, la guerre, des cérémonies officielles ou des enterrements. Contrairement à « Drapeau », nous ne voyons jamais les drapeaux tendus, mais toujours flottants, incendiés, déchirés ou utilisés comme linceul. Ce contraste crée une tension qui donne une plus-value actuelle au projet « Drapeau ».

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