Low Fixed Media Show/Continuüm

7.Juil.06
7.Oct.06
BS

Bart Stolle (°1974, Eeklo) est un artiste qui réalise des films d'animation. Relativement abstraits. Il a cependant ajouté un texte sur ‘Quelle est la place de son ouvre dans le monde concret / dans la réalité’. 

Le film d'animation ne semble en effet pas être le média le plus adéquat pour évoquer les hauts et les bas de cette réalité, malgré le simple fait qu'il présente en soi un tampon crucial par rapport au ‘monde extérieur’ : un langage pictural qui – contrairement à celui du film par exemple – est créé sans intervention d'un régisseur ‘objectif’, par exemple une caméra. En résumé, c'est un langage pictural qui est déjà ‘imaginé’ … Comment des images imaginées peuvent-elles représenter correctement la réalité ? Bart Stolle a pourtant les deux pieds bien ancrés dans la réalité, même si cela ne se voit pas à première vue. Les films d'animation regroupés sous le titre ‘Low Fixed Media Show/Continuüm’ et qui sont souvent présentés dans divers décors spatiaux, sont en effet extrêmement épurés et sont entièrement ramenés à l'essentiel. Ils sont peuplés de figurines qui font le plus penser aux petits bonshommes en bâtonnets que nous avons tous représenté sur nos cahiers d'écolier. L'ensemble est toutefois présenté par Bart Stolle de manière si stricte, minimaliste et pratiquement abstraite, qu'ils donnent immédiatement et presque automatiquement au spectateur une sensation de distance de regard. Le ‘taux de réalité’ doit en effet être cherché loin, dans des blocs, des boules et des barrettes soigneusement empilés … Cet effet d'abstraction étrange passe en quelques secondes à son opposé. Les banquets dans lesquels les figurines se déplacent témoignent en effet d'une émotion troublante et désarmante, souvent associée à une part d'humour absurde. Aussi petites et minimalistes que soient les formes, c'est précisément cet apport humain qui fait en sorte que les films de Stolle revêtent une dramatique rarement vue, pratiquement théâtrale.

Le contraste subtil entre les formes très rationnelles de Stolle et leur contenu émotionnel fort fait penser qu'un engagement (social) profond se cache derrière ces films abstraits, qui est pratiquement contraire à l'idéologie de l'art abstrait tel qu'il se présentait dans les courants artistiques suprématiste et le constructiviste – deux courants artistiques importants du début du vingtième siècle – avec lesquels Bart Stolle entretient des liens très étroits. L'objectif de ces mouvements abstraits était de ramener la réalité (sociale) à son essence par une épuration intense. En soi un statement artistique fort, qui n'a malheureusement pas attiré un large public. Généralement, cet art abstrait était considéré comme élitiste, précisément par l'absence totale de référents réels dans le résultat final. Dans une composition à la Mondriaan de carrés rouges, bleus et jaunes, il était difficile de reconnaître encore un arbre par exemple … Dans cette perspective, Bart Stolle réalise des films, et par l'ajout d'émotions universelles et humaines simples, il pousse ces formes abstraites cruciales un peu plus loin en les restituant littéralement au monde. Au monde entier. Donc pas seulement aux crappy few du monde artistique. En principe, par son langage émotionnellement accessible, Stolle atteint l'effet inverse de l'art abstrait traditionnel. Il ramène l'essence aux émotions et plus l'émotion à l'essence … L'abstraction dans l'œuvre de Bart Stolle est donc tout sauf un art élitiste, au contraire, elle possède réellement la forte pertinence du monde. Alors que pendant la première moitié du siècle précédent, l'art abstrait voulait se débarrasser du rendu reconnaissable de la réalité, les films de Stolle adoptent un point de vue engagé par rapport à cette même réalité, comme elle se présente aujourd'hui à chacun de nous : c'est-à-dire la forme du bombardement total d'images manipulées et construites dont les médias inondent le monde quotidien. Dans ce décor tridimensionnel mensonger, chaque homme doit (re)construire sa propre réalité.

Le problème est évidemment que le consommateur d'images qui ne se rend compte de rien ne sait plus à la longue quelle image il doit sélectionner pour aboutir à une image réelle de sa propre réalité. La conséquence frappante de cette incapacité est l'apathie complète. Étant donné l'absence de temps pour réaliser des choix picturaux sociaux réfléchis, beaucoup de gens ont décidé de se laisser simplement aller sur le courant de ce flux médiatique grotesque et manipulé. Lorsque cela devient trop envahissant, la télécommande est toujours prête pour plonger dans le fleuve d'images suivant … La solution radicale à ce malaise qui est proposée par Bart Stolle dans ses films, est aussi géniale que simple : supprimez simplement le mensonge. Laissez tomber toutes les informations mensongères accessoires et allez back to the basics. Quelle base allez-vous demander ? La réponse à cette question est peut être encore plus simple. Elle est cachée dans le regard émotionnellement simple. Ce qui n'est en effet pas identique à un simple regard sur l'essence amoureuse … Les films de Stolle peuvent parfois sentir extrêmement mauvais, mais il ne prétend pas non plus que le cœur de la réalité semblera soudain plus beau lorsque la puanteur du mensonge aura disparu …

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