Papierwald

4.Nov.05
14.Jan.06
Roomview Ren R

Rindfleisch (°1975, Hanovre) et Rapedius (°1973, Norden) fonctionnent exclusivement en duo d'artistes déjà depuis leurs études. 

Leur oeuvre se caractérise tout d’abord par un recours passionné à un très large éventail de matériaux. Des objets usuels, comme les gobelets en papier, les couvercles de berlingots de café, le papier cellophane, le carton, le papier collant etc., servent souvent de source d'inspiration directe à leur oeuvre. En recourant à ces matières banales et en les traitant subtilement, Rapedius/Rindfleisch transforment le sens habituellement véhiculé par ces matériaux en une image poétique, parfois même esthétiquement très "classique" qui suggère immédiatement une série d'associations à son spectateur. Par ce biais, ils se fixent comme but de transformer ce qui est courant et commun, ce qui est rencontré par la plupart d'entre nous, en une nouvelle image qui dépasse de loin la banalité et qui possède sa propre poésie presque lyrique.

Avec leur langage imaginaire, Rapedius/Rindfleisch sont hautement conscients d'appartenir en tant qu'artistes à un système et/ou à une structure dans lesquels le critère "d'originalité" fait habituellement ses émules. Une oeuvre d'art doit effectivement dans de nombreux cas être "renouvelée", être originale ou être précieuse. S'opposant à cette pratique courante, Rapedius/Rindfleisch sont convaincus que celle-ci est franchement impossible. Peu d'oeuvres d'art sont originales, encore moins précieuses. Cette certitude s'exprime dans leur oeuvre par leur insertion de la sérialité, de la répétition et par leur utilisation de matières banales et normales, en soi deux aspects inhérents à l'art minimaliste et conceptuel des années soixante et septante. C'est ce qui affaiblit subtilement toute impression "d'originalité", prise dans son sens de renouvellement. Ce qui bien entendu ne veut pas dire que l'oeuvre de Rapedius/Rindfleisch n'est pas renouvelée ni précieuse, bien au contraire. Selon les artistes, l'art véritable ne réside pas réellement dans l'oeuvre d'art, ni dans le produit fini proprement dit, mais dans la créativité et dans l'afflux d'idées qui devancent la création de l'oeuvre d'art. C'est cette créativité qui permet à quelque chose de banal et de sans valeur de devenir quelque chose de précieux. Tant le recours à leurs matériaux, que leurs idées sur ce que doit être l'art ou sur ce qu'il devrait être, font de Rapedius/Rindfleisch l'un des duos de jeunes artistes les plus remarqués de ces dernières années, et ce tant sur le plan artistique que caractériel. Leur oeuvre ne craint toutefois pas les grands thèmes tels que l'écologie, le recyclage et l'opposition entre la nature et la culture, mais elle traite ceux-ci sans prétention, d'une façon ironique et humoristique et sans tomber dans le piège du discours (pseudo-) intellectuel long, souvent présent. C'est ainsi que leur installation 'Wald', qu'ils présentent in situ en ce moment dans l'espace Kunst Nu du SMAK, présente des liens étroits avec ces grands thèmes, mais d'une façon bel et bien très spontanée et naturelle. Cette oeuvre est faite en grande partie de "troncs d'arbres" réalisés à partir de milliers de gobelets jetables en carton blanc, qui sont accompagnés d'une photo monumentale d'un bois de bouleaux grandeur nature. L'idée sous-jacente à ce bois monumental, complètement érigé à partir de matériaux jetables, renvoie bien entendu à l'opposition entre la nature et la culture, où les gobelets en papier, collectés à l'origine dans le bois et principale source de destruction de la nature, sont indéniablement "rendus" à la nature, et de cette manière la boucle est à nouveau bouclée. Les gobelets sont recyclés en fonction de la nature pur sang, et non en fonction de l'industrie (polluante), comme c'est généralement le cas. Cette installation n'est pas pour autant de nature polémique ou "prétentieuse". Elle n'émet aucun grand jugement ni aucun constat concernant la pollution, le recyclage ou l'écologie. Bien au contraire même, par leur assemblage subtil de deux éléments apparemment opposés (production de masse contre nature), Rapedius/Rindfleisch créent une image très poétique et presque lyrique qui exprime en premier lieu la beauté des deux oppositions. Le souhait principal de Rapedius/Rindfleisch est en effet d'atteindre la poésie grâce à leurs images qui offrent bien plus qu'une accumulation de pièces "banales" et de commencer à travers cette poésie proprement dite à changer les choses, ou à voir les choses autrement. Si l'image proprement dite est suffisamment forte, l'interprétation de son impact coulera également de source … Rapedius/Rindfeish

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