N’oubliez pas le guide | Helena Buyst

Da la Collection | Verlust der Mitte, curated by Christoph Büchel, 2017, photo Dirk Pauwels
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Da la Collection | Verlust der Mitte, curated by Christoph Büchel, 2017, photo Dirk Pauwels
Da la Collection | Verlust der Mitte, curated by Christoph Büchel, 2017, photo Dirk Pauwels
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Da la Collection | Verlust der Mitte, curated by Christoph Büchel, 2017, photo Dirk Pauwels
Da la Collection | Verlust der Mitte, curated by Christoph Büchel, 2017, photo Dirk Pauwels
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Da la Collection | Verlust der Mitte, curated by Christoph Büchel, 2017, photo Dirk Pauwels

Comme toutes les visites de groupes sont annulées jusqu'à la fin juin 2020, vous aurez jusque là une histoire, une anecdote, un regard sur une œuvre d'art par l'un de nos guides. Aujourd'hui, ce guide est Helena Buyst.

Toutes les visites de groupe au S.M.A.K. ont été annulées par COVID-19 jusqu'à la fin juin 2020, les guides étaient donc également au chômage. Bien que nous ne les oublions pas : ils restent des conteurs nés et fascinants, que ce soit dans la salle du musée ou de cette façon.

"Cet été, il y aura 12 ans que j'ai fait mes premiers pas en tant que guide au S.M.A.K. Lorsque je repense à cette période, plusieurs belles expositions poétiques refont surface et me viennent immédiatement à l'esprit. Je repense alors aux expositions rétrospectives de Mark Manders, Jorge Macchi et Nedko Solakov. Mais l'exposition qui,  selon moi, a fait le plus parler d’elle, a eu lieu en 2017. Laissez-moi vous ramener à l'exposition Verlust der Mitte, avec comme conservateur Christoph Büchel.

Avant même l'ouverture, il nous a été clairement annoncé que la présentation serait assez spéciale. On attendait de nous une approche différente de la méthode "classique" des guides. Le format "guide doré" semblait plus approprié. Du coup, plutôt que de traîner un groupe d'une œuvre d'art à l'autre, nous nous promenions au travers de l'exposition afin de discuter avec les visiteurs en soif d’explications.

L'exposition occupait tout le rez-de-chaussée du musée et un certain nombre d'interventions prenaient également place à l'extérieur. Cela dit, un bus était garé sur le parking et un camp de tentes fût installé au jardin botanique.

Ce fut une expérience à part entière. Une fois entré dans l'exposition, vous oubliez vite que vous vous trouviez dans un musée.

Dans l’aile droite, on aurait cru à un  camp de réfugiés. Les incontournables de la collection recouvraient les murs, alors qu’au sol se trouvaient des matelas, des sacs à dos, des médicaments, des chaussures, des valises, des brosses à dents... Les sculptures exposées faisaient guise de porte-manteaux.

La question clé du public était évidemment de savoir si cela était réel ou une mise en scène. Le doute était présent. Les réactions furent variées. Alors que certains trouvaient cela trop propre pour être vrai, d’autres trouvaient cela crédible. Alors que l'un voulait quitter la pièce rapidement, l'autre désirait prendre possession des lieux afin de contempler les œuvres d'art aux murs.

La réponse à cette question clé a également suscité multiples réactions. Après tout, il y avait de "vrais" réfugiés dans le musée. Cependant, ils ne dormaient pas sur ces matelas, mais disposaient d'espaces de couchage séparés, fermés au public, se trouvant dans l'aile gauche du musée. Ces dix jeunes hommes et femmes faisaient partie intégrante de l'exposition. Leur rôle s'est  précisé dans la salle du milieu, où un lien fût établi entre les problèmes actuels des réfugiés et le passé colonial belge.

Les stands des entreprises qui investissent au Congo furent alternés avec un village congolais comme à l'exposition universelle 58, un ring de boxe, une fusée, une rue commerçante et une zone d'accueil pour le FN Herstal. Un peu plus loin, vous tombiez sur un salon de coiffure et un bar, une discothèque avec billard et espace de vie.

Dans une boutique de statues congolaises on retrouvait également un buste de Léopold II. Celui-ci devrait par la suite servir de modèle pour un atelier de modélisation auquel les habitants participaient. Ils fabriquaient également des armes, en chocolat belge.

Certains visiteurs me racontaient qu'ils étaient heureux que les résidents ne fussent pas présents au moment de leur visite. Non pas qu'ils ne voulaient pas les rencontrer, mais ils estimaient que la confrontation était déjà assez rude comme ça. Moi aussi, j'ai vécu l'exposition comme une véritable gifle. Tant de questions, tant de sous-entendus. Je n’étais vraiment pas à l’aise.

Ce fut une expérience très spéciale. Par exemple, j'ai fait des jeux avec les enfants et j'ai eu une conversation critique sur la réception de FN Herstal qui a été mise en scène. Ou un homme est venu faire un appel ardent à Léopold II.

Le fait qu'une œuvre d'art puisse susciter autant de nuances d'opinions et de sentiments est absolument incroyable. Raison pour laquelle cette exposition restera encrée en moi pour encore bien longtemps.

Tant d’un point de vue personnel, cette exposition s'est également révélée importante pour moi. Ceux qui me connaissent savent de quoi je parle. Et pour ceux qui ne me connaissent pas, n’hésitez pas à venir m’en demander d’avantage, de préférence lors de votre passage au S.M.A.K., entre l’une ou l’autre œuvre d'art."

Helena

Helena Buyst est professeur et coordinatrice pédagogique à la KASK de Termonde.
Depuis l'été 2008, elle travaille comme guide au S.M.A.K. En outre, elle a déjà pris en charge plusieurs ateliers pour le musée, comme par exemple Palmarium et #smakisteklein pendant les Fêtes de Gand.

VISITES DE GROUPES

Nous espérons pouvoir autoriser à nouveau les visites de groupes à partir du 1er juillet 2020, mais cela dépend de ce que décidera le Conseil national de sécurité. Ce lien vous permet de trouver toutes les informations

dans la catégorie: Highlight

Lignes directives pour une visite à l’aise pendant COVID-19

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