Sur l'art, le courage et la beauté par Iris Paschalidis

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Iris Paschalidis, responsable de la collection de S.M.A.K., a écrit une lettre au ministre.

Monsieur le Ministre de la Culture,

En tant que responsable de la collection (j'ai moi-même eu l'ambition de devenir artiste, mais je n'en ai pas eu le courage), je travaille chaque jour avec mes collègues à la formation, à la conservation, à la recherche, à la diffusion et à la présentation de l'une des plus importantes collections d'art contemporain constituées en Belgique après la Seconde Guerre mondiale.
Dans mon travail, les mots « patrimoine » et « art contemporain » vont de pair jour après jour. Dans un musée comme le S.M.A.K., ces deux concepts sont inextricablement liés ; l'un n'a pas de raison d'être sans l'autre. Sans l'art d'aujourd'hui, nous n'aurons pas de patrimoine demain. Au musée, nous travaillons quotidiennement avec des artistes vivants de toutes disciplines qui, mus par leur passion et leur détermination, créent l'art d'aujourd'hui. Sans ces artistes qui, avec beaucoup d'inventivité, de patience, de sérieux et d'humour, interrogent et interprètent sans cesse notre société de plus en plus complexe, il n'existerait tout simplement pas d'art pertinent. C’est grâce à eux que notre scène artistique est aujourd'hui si vaste, entrepreneuriale, dynamique et renommée dans le monde entier ; en tant que musée, nous ne sommes qu'un rouage de cette grande machine. Sans espace pour l'expérimentation, pas d'exposition ; sans expositions, pas d'accroissement de notre collection ; sans accroissement de notre collection, pas d'accroissement de notre patrimoine. Et sans patrimoine, pas de contribution culturelle ni de réflexion pertinente.
Mes oreilles se sont donc dressées vendredi, lors de l'émission De afspraak op vrijdag, lorsque votre collègue de parti Peter De Roover nous a invités à réfléchir avec lui à ce qu'est ou devrait être l'art selon lui. S'en est suivi, les mains jointes d'un air grave, un plaidoyer anachronique au raisonnement sophistique poussé à l'extrême. Les artistes contemporains y ont été présentés comme des « junkies » paresseusement accrochés à la perfusion des subventions, comme des artistes qui auraient « oublié ce qu'est la beauté » et qui ne chercheraient qu'à choquer. D'où vient tant d'ignorance et d'hostilité envers l'artiste contemporain, qui n'est peut-être lui aussi qu'un Flamand travailleur ? En 2019, les arts ont tout de même une tout autre allure qu'au XIXe siècle, n'est-ce pas ? Bien que, grâce à votre collègue de parti, nous ayons désormais une image un peu plus précise de votre vision de l'art et de la culture, ce qui nous permet à tous de mieux comprendre l'enjeu de ces mesures d'économie.
Enfin, si vous en avez le temps, je vous invite volontiers dans notre musée, afin de vous faire découvrir notre collection polyvalente (qui s'enrichit chaque jour d'œuvres subventionnées ou non, produites aujourd'hui et demain, et ce dans le monde entier). Je me ferai un plaisir de vous montrer toute la splendeur de la beauté, mais aussi la splendeur de la laideur que contient cette collection. Car sans laideur, la beauté ne pourrait pas exister, n'est-ce pas ?

Iris Paschalidis
responsable collection S.M.A.K.

Gent, 17 novembre 2019

25.Nov.19
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