Dream Extensions

16.Jan.04
20.Mar.04
Ahtila72

L’exposition Dream Extensions met l’accent sur des installations vidéo qui emmènent le spectateur dans des univers oniriques et des fantaisies individuelles. 

Le visiteur est plongé dans neuf mondes de l’esprit, allant des vœux aux cauchemars. Via des techniques telles que la répartition spatiale de plusieurs projections vidéo, les mouvements de caméra, une bande sonore prenante et l’établissement de liens entre images vidéo et objets sculpturaux, le spectateur pénètre dans l’espace de l’installation de l’artiste.

Ce qui frappe dans l’exposition, c’est la diversité des espaces imaginaires présentés. Les différents points de vue des artistes participants se complètent, se renforcent ou se corrigent. Les fantaisies qui apparaissent dans les installations vidéo n’incluent pas seulement des rêves, mais aussi des espaces existants auxquels nous nous voyons normalement refuser l’accès, comme les centres de pouvoir, les lieux peuplés par des criminels ou l’intimité du corps. Par le biais d’installations vidéo, Dream Extensions confronte le visiteur avec des univers mentaux dans lesquels, sinon, il ne mettrait jamais ou rarement le pied. La culture de masse et les installations vidéo sont très proches l’une de l’autre, tant d’un point de vue médiatique que thématique. Les installations vidéo ne reposent pas uniquement sur elles-mêmes mais touchent à l’imaginaire social au sens large. Sans qu’on l’y ait invité, l’art se glisse au sein de la culture de masse pour la remettre en question de l’intérieur et combler ses lacunes. De nombreuses installations vidéo font usage d’une forme de suggestion narrative, comme dans les films, la littérature ou les chansons pop. Le visiteur est incité à regarder et à écouter de tous côtés, à se promener ou à s’asseoir, et donc à consacrer beaucoup de temps à essayer de trouver le fil des histoires. Le spectateur peut pénétrer lui-même dans le monde onirique de l’artiste et interpréter l’histoire de son propre point de vue. Les artistes ne présentent pas leur matière narrative de façon univoque, mais la soumettent à l’analyse de chaque visiteur individuel. Le spectateur peut intégrer à sa guise les fragments narratifs dans sa propre vie. Les installations vidéo permettent aux artistes de mener à une nouvelle apogée les expérimentations littéraires et filmiques sur la relation entre fiction, narrateur et spectateur. Les histoires reçoivent un prolongement spatial qui absorbe le spectateur dans un espace imaginaire.

Artistes participants Grâce à leurs installations vidéo, Jane & Louise Wilson permettent au spectateur de s’infiltrer dans des centres de l’imaginaire politique, comme les bases atomiques et les salles secrètes où se déroulent les interrogatoires. Dans « Proton, Unity, Energy, Blizzard » et « Star City », les sœurs britanniques explorent le monde étrange d’une base spatiale au Kazakhstan. Sur base d’images de télévision, nous nous faisons une idée rudimentaire de cet endroit secret. Le visiteur ne peut qu’être impressionné par la base de lancement. Il s’agit là de monuments contemporains qui illustrent le faste et l’aliénation liés à la technologie. Dans sa vision des choses, Mariko Mori combine une métatechnologie de pointe avec une tradition bouddhiste dans laquelle l’homme spirituel dépasse ses limites physiques. Son œuvre illustre les zones de contact entre technologie avancée et rêves spirituels du passé. L’archéologie et le futurisme semblent s’y retrouver. Les développements de la technologie peuvent fournir une assise matérielle aux rêves spirituels d’antan. Autrefois, le mystique se devait presque de sacrifier les meilleures années de sa vie pour pouvoir prendre part à différentes dimensions oniriques. La spiritualité qu’il cultivait lui donnait l’impression d’abandonner son corps. L’homme contemporain a difficile à faire preuve d’une telle patience, mais la technologie virtuelle le mène à ces expériences paradisiaques.

Abigail Lane a mis sur pied un circuit de trois vidéos – des installations dans lesquelles le spectateur se retrouve face à son portrait malveillant. Les histoires séculaires de construction et de destruction, de vie et de mort renaissent dans les espaces imaginaires des vidéos. Les confrontations extrasensorielles avec les cauchemars enfouis au fond de nous-mêmes exercent selon Abigail Lane une influence purificatrice. Toutefois, la fin de « The Inspirator » met un baume sur les blessures infligées. Les installations vidéo d’Anne-Mie Van Kerckhoven partent à la recherche des extrêmes de l’esprit à partir d’une expérience physique purement sensorielle, de la présence directe et du fardeau du train-train quotidien. Elle nous submerge de symboles, dont nous déterminons pour une part l’interprétation. Les espaces imaginaires d’Anne-Mie Van Kerckhoven détectent des champs de force qui appartiennent souvent au domaine des tabous. Les phénomènes paranormaux trouvent un endroit où se manifester dans ces installations vidéo. Olaf Breuning nous confronte à des rituels subculturels exercés par des êtres qui semblent venir d’un autre espace-temps. Nous nous retrouvons au milieu de rencontres ésotériques, où des forces étranges nous arrachent à notre image familière de nous-mêmes. A y regarder de plus près, c’est surtout l’ironie de toute cette mise en scène qui frappe le spectateur. Dans « The Wind », Eija-Liisa Ahtila nous laisse regarder au sein d’un individu qui ne s’en sort ni avec lui-même, ni avec le monde extérieur. Nous sommes témoins de ses troubles psychiques comme si nous regardions le personnage de l’intérieur. Vu que la personne tourmentée est représentée avec tous les objets, les bruits et les visiteurs qui l’entourent, nous prenons pleinement conscience du gouffre béant qui sépare un esprit divagant en toute liberté des facteurs récalcitrants de son environnement. En tant que spectateur, nous oscillons entre un sentiment d’empathie avec la narratrice et un sentiment d’appartenance au monde soi-disant objectif des objets qui l’entourent.

Pour le projet « Bunny Lake », Georgina Starr est partie de deux classiques du cinéma, « ng » d’Otto Preminger et « Targets » de Peter Bogdanovich. La petite Bunny Lake est portée disparue par sa mère, mais par moments, la police se met à douter de son existence. Quand on sait que, dans Targets, un tireur fou vise la salle, caché derrière un écran de cinéma, on comprend que tous les ingrédients sont ici rassemblés pour une remise en question des frontières qui séparent réalité et fiction, victime et criminel, spectateur et protagoniste. A mesure que les installations vidéo impliquent plus fortement le spectateur dans l’action narrative, il est aussi davantage confronté avec la faisabilité de la fiction comme de la réalité quotidienne. Lori Hersberger supprime le fil narratif de produits de l’industrie du cinéma pour ne garder que les moments passionnants. Nous vivons de l’aventure pure et simple sans le contexte social indispensable. C’est là ce que vise pour nous l’industrie du divertissement : que nous puissions nous défouler complètement dans un moment sublime. Le grand écran utilise une série de caractéristiques stéréotypées qui reviennent toujours dans une version légèrement différente. Une même propension aux prouesses et aux trips dangereux existe aussi en dehors du monde du cinéma, dans certaines disciplines sportives, dans le monde des virées nocturnes, des spectacles musicaux et – avant qu’il ne soit question de cinéma – dans le cliquetis des armes lors des tournois et champs de bataille. Dans « Silver Room » par exemple, une scène de folle poursuite entre une limousine et un camion est projetée à côté du reflet de la même projection. Dans son installation vidéo précoce « Belshazzar’s Feast » (1983-1984), Susan Hiller établit un lien entre les articles de journaux sur les messages extraterrestres qui apparaîtraient sur les écrans de télévision après les heures de diffusion et la tradition oubliée qu’avaient les familles de se raconter des histoires invraisemblables au coin du feu. Le fil rouge de son installation est l’histoire biblique où le prophète Daniel interprète l’écriture chiffrée d’une main extraterrestre à la demande du roi Nabuchodonosor. A un point donné, nos rêves utopiques technologiques et nos rêves sur les êtres extraterrestres se rejoignent. Le New Age, la science-fiction et l’ufologie vont faire partie d’un même espace.

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